Ça pourrait ressembler à un conte, qu’on aimerait entendre chaque année… Il était une fois… Un jour… Un empereur voulut recenser toute la terre. Joseph monta de Nazareth jusqu’à la ville de Bethléem. Il venait se faire recenser avec Marie, qui était enceinte. Or, pendant qu’ils étaient là, elle mit au monde son fils premier-né…

Avouez que nous écoutons parfois le récit de Noël sur ce mode-là : un joli conte, une belle histoire… Sauf que… le récit que je viens de lire ne commence pas par Il était une fois, ou par Un jour, un empereur… Mais par ces mots : « En ces jours-là, parut un édit de l’empereur Auguste, ordonnant de recenser toute la terre – ce premier recensement eut lieu lorsque Quirinius était gouverneur de Syrie. » Pas Il était une fois, pas Un jour, un empereur, mais En ces jours-là… Quels jours ? Ceux durant lesquels Auguste était empereur, et Quirinius gouverneur de Syrie. Et dans la suite du texte, on trouvera d’autres indices qui permettront de dater cet évènement, qui marque si profondément l’histoire de l’humanité, que l’on compte les années à partir de là : nous sommes en 2019 après la naissance de Jésus. Bon, en fait, malgré les indices qui se trouvent dans l’Evangile, le moine du moyen-âge qui a fait le calcul de l’année de naissance de Jésus s’est un peu trompé… Les historiens actuels, qui reconnaissent tous que Jésus a existé, situent sa naissance à peu près en -6. C’est-à-dire que Jésus est né en 6 avant Jésus-Christ… Mais peu importe, en tout cas l’Evangile veut nous montrer que le récit de la naissance de Jésus n’est pas un conte, encore moins une fable ou un mythe, c’est une réalité, très concrète. A un moment précis de l’histoire, en un lieu géographique précis, Jésus est né. Le Sauveur est venu. Dieu a débarqué parmi les hommes.

Ceci est important pour nous, ce soir. La naissance de Jésus, évènement bien concret qui a eu lieu à un moment précis, en un lieu précis, nous rappelle que Dieu est entré réellement dans notre histoire pour vivre concrètement avec nous, que Dieu vient vraiment à notre rencontre. Et cette rencontre commence naturellement par une naissance.

Cette naissance nous rappelle que Dieu n’est pas seulement une force, une énergie, une idée, que croire en Dieu, ce n’est pas seulement croire qu’il y a quelque chose, mais c’est croire en quelqu’un. Une idée ne nous aime pas, une énergie ne vient pas à notre rencontre, une chose ne nait pas d’une femme. Ce soir, nous fêtons Dieu qui nous rejoint, qui vient s’unir à nous, de façon très concrète, en entrant dans notre humanité, homme parmi les hommes.

Pour nous aider à accueillir cette dimension concrète de l’évènement de Noël, il existe une belle tradition : la crèche. Cette tradition remonte à environ 800 ans, on dit que c’est saint François d’Assise qui a fait la première crèche de l’histoire. Le pape François nous a écrit très récemment une lettre sur le signe de la crèche[1], que je vous suggère de lire, dans laquelle le pape nous encourage à faire une crèche chez nous. Et à Chatou, nous avons beaucoup de chance : une nouvelle crèche nous a été donnée il y a environ  un an : plus de 80 personnages ! Et des paroissiens ont fabriqué des décors magnifiques : c’est une très belle crèche !

Que voyons-nous dans cette crèche ? Vous pourrez aller regarder après la messe : on y voit des personnages aux activités multiples, des marchands, des joueurs de pétanque, un meunier qui porte sa farine, un boulanger, un vitrier, un paysan avec une vache, il y a même le curé… qui n’a pas l’air très occupé… On porte des légumes, on tisse de la laine, on fait sa lessive, on revient de la chasse ou du marché, on va à la mairie, on vend des paniers, on tricote, on lit le journal, on fait de la musique… Bref, on vit ! C’est la vie et le travail des hommes qui sont représentés là ! Et au milieu de tout cela… Une scène à la fois simple, banale et décalée : un couple entoure un petit bébé : Marie vient de donner naissance à Jésus et de le déposer dans une mangeoire.

Il y a, d’ailleurs, deux façons de regarder cette scène : on peut imaginer tous ces personnages qui vont et viennent, qui vaquent à leurs occupations, les bras chargés, qui suivent le cours de leur vie, comme indifférents à la naissance de l’enfant. Comme le monde l’est souvent aujourd’hui… On peut les imaginer aussi, convergeant vers l’enfant qui vient de naitre, pour lui présenter, lui offrir tout ce qu’ils portent à la main et qui fait leur vie, leur travail, leurs occupations : légumes, farine, volailles… Jésus est alors au centre de la scène, au centre de la vie de toutes ces personnes. Ces gens ne s’arrêtent pas de vivre parce que Jésus est là, au contraire, mais désormais c’est la présence de Jésus qui donne sens à leur vie, ils viennent lui offrir le fruit de leurs activités, de leurs efforts… Ils viennent s’offrir à lui, puisqu’il s’offre à eux… Et aux yeux de Jésus, chacun d’eux est important, chacun est aimé. Chacun est indispensable. Aucune de leurs vies ou de leurs activités n’est insignifiante. C’est pour se faire proche de chacun d’eux que Jésus est venu. Il est venu partager leur vie, pour qu’eux tous puissent partager la vie de Dieu. Pour que nous tous, nous puissions partager la vie de Dieu, puisque, bien sûr, ces personnages de la crèche nous représentent, nous tous, avec nos vies, très remplies ou trop vides, nos occupations, stimulantes ou épuisantes. C’est pour se faire proche de chacun d’entre nous que Jésus est venu. Parce que, pour lui, chacun de nous est nécessaire, chacun est aimé. L’histoire de la crèche est la nôtre. Comme nous l’écrit le pape François : « la crèche nous aide à imaginer les scènes, stimule notre affection et nous invite à nous sentir impliqués dans l’histoire du salut, contemporains de l’événement qui est vivant et actuel dans les contextes historiques et culturels les plus variés. » Cette histoire est notre histoire. Quand Dieu vient rencontrer les hommes, c’est chacun de nous qu’il vient rencontrer, chaque homme, quel qu’il soit. Quand Jésus se donne c’est à nous qu’il se donne, pour nous apprendre, à notre tour, à nous offrir.

Ce soir, cette nuit sainte, nous regardons la crèche, certains que ce qui est raconté là est notre histoire. Cet évènement de la venue de Dieu dans le monde nous concerne tous, au quotidien. En regardant la crèche, chacun peut se dire : voici un signe de l’amour que Dieu a pour moi, personnellement. Dieu veut me rejoindre au milieu de mes activités. Il m’invite à lui donner une place, à accepter la rencontre, la relation avec lui. Je trouverai la joie en le mettant au cœur de ma vie. Ici et aujourd’hui.

Père Pierre-Marie Hascal

Messe du 24 décembre 2019, 21 heures à Sainte-Thérèse de Chatou
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Les lectures étaient : Isaïe 9, 1-6 – Psaume 95 – Tite 2, 11 –14  – Luc 2, 1-20.

[1] http://w2.vatican.va/content/francesco/fr/apost_letters/documents/papa-francesco-lettera-ap_20191201_admirabile-signum.html