Quelle joie de nous retrouver après ces longs mois ! Dimanche 13 septembre, nous avons vécu une très belle matinée paroissiale de rentrée : une messe fervente et un temps convivial chaleureux à la sortie !

Le grand projet paroissial tous en mission a été lancé ! Pour en savoir plus : regardez la vidéo !
Vous trouverez ci-dessous l’homélie du père Pierre-Marie.

Homélie du vingt-quatrième dimanche du Temps Ordinaire (A)
13 septembre 2020 à Chatou – Messe de rentrée (Si 27, 30-28, 7 – Ps 102 – Rm 14, 7 – 9 – Mt 18, 21-35)

Il est peut-être un peu inquiet, Pierre, quand il pose cette question à Jésus : « Seigneur, lorsque mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner ? Jusqu’à sept fois ? ». Pour comprendre, revenons un peu en arrière. Quelques lignes plus haut dans l’Evangile selon saint Matthieu, un peu avant notre passage aujourd’hui, Jésus dit ceci : « Si un homme possède cent brebis et que l’une d’entre elles s’égare, ne va-t-il pas laisser les quatre-vingt-dix-neuf autres dans la montagne pour partir à la recherche de la brebis égarée ? » Jésus parle de la miséricorde, de sa tendresse toute particulière pour celui qui s’est perdu loin de lui, de sa joie ardente lorsqu’un pécheur revient à lui. Puis il invite à la correction fraternelle, c’était l’Evangile de dimanche dernier : « Si ton frère a commis un péché contre toi, va lui faire des reproches seuls à seul. S’il t’écoute, tu as gagné ton frère. » Jésus ne veut pas être tout seul à chercher la brebis qui s’égare, il veut que nous aussi, nous ayons tous dans le cœur la miséricorde du bon pasteur, que nous partagions avec lui le souci de la conversion et du salut de nos frères.

Et du coup, Pierre, qui écoute, comprend qu’il va falloir pardonner, et même beaucoup pardonner. Et il doit se dit quelque chose comme : « d’accord, mais quand même, il doit y avoir une limite, une mesure… » Alors il pose la question : « Lorsque mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner ? » Et il avance un chiffre : « jusqu’à sept fois ? ». Sept, dans la Bible, c’est le chiffre de la perfection : Pierre est déjà généreux. « Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois », répond Jésus. Autant dire : Sans te fixer de limite. C’est encore plus grave que prévu, Pierre a peut-être regretté d’avoir posé cette question…

Jésus raconte alors une parabole, comme il aime le faire pour parler de Dieu et de son Royaume. Parce que Jésus n’enseigne pas pour faire la morale, mais pour révéler qui est Dieu et pour montrer le chemin vers lui. Alors il parle d’un roi qui remet une dette de soixante millions de pièces d’argent à un serviteur. Somme hallucinante ! Si on veut transposer : quelque-chose comme 200 000 années de salaire, plusieurs milliards d’euros. Impossible à rembourser ! Manifestement exagéré. Dans une parabole, le détail bizarre, anormal, est souvent une clef, une lumière que Jésus donne sur le Royaume de Dieu. Cette dette vertigineuse du serviteur, ce don vertigineux du roi, représente le don de la vie, de l’amour gratuitement donné, du pardon de nos péchés, de l’offrande de lui-même que Jésus nous fait sur la croix… Dons de Dieu, abondants et sans retour.

Ce serviteur a beaucoup reçu. Et face à lui, un homme qui lui doit 100 pièces d’argent. Une somme dérisoire à côté de celle que le roi vient de lui remettre. Il le supplie exactement dans les mêmes termes : « Prends patience envers moi, et je te rembourserai ». Le serviteur a beaucoup reçu, il est appelé à donner un peu… Mais c’est niet ! Pas question ! Alors le roi se met en colère : « Ne devais-tu pas, à ton tour, avoir pitié de ton compagnon, comme moi-même j’avais eu pitié de toi ? » Et il revient sur sa remise de dette. Et ça, ça peut nous étonner : la générosité du roi était-elle sous condition ? Autrement dit, la miséricorde de Dieu est-elle donnée sous condition ? Non bien sûr. Mais cet homme qui n’a pas été capable de donner un peu, n’était en fait pas capable de recevoir vraiment le don du roi. Il en a profité sans comprendre ce que ce don signifiait et impliquait, il ne s’est pas laissé transformer par le don du roi. C’est la clef : se laisser transformer par le don reçu. Cela fait penser au Notre Père, quand nous disons : « Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés ». Non pas que Dieu nous imite, lorsqu’il nous pardonne, ou que sa capacité de pardonner soit proportionnée à la nôtre, heureusement… Mais simplement, nous ne pouvons pas demander en vérité le pardon de Dieu si nous ne voulons pas pardonner à notre tour. Je dis bien “si nous ne voulons pas” et pas “si nous n’arrivons pas”, parfois le pardon est difficile à donner. On ne peut pas avoir un cœur ouvert d’un côté pour recevoir, et fermé de l’autre pour donner. Nous n’avons qu’un seul cœur.

Une phrase de l’Evangile me semble résumer tout cela, en allant au-delà de la question du pardon : « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement » (Mt 10, 8). Pas « donnez et vous recevrez », mais « vous avez reçu, alors donnez ». Et là, il y a quelque chose d’essentiel pour notre foi, que souvent nous comprenons mal. Nous sommes aimés avant d’aimer. Nous recevons avant de donner. Et parce que nous recevons, il nous faut donner. On pense parfois qu’il faut faire le bien pour être sauvé. Ce n’est pas l’Evangile. L’Evangile nous dit que nous sommes sauvés gratuitement, par amour, par la volonté de Dieu. Jésus n’est pas mort sur la croix pour nous récompenser parce que nous aurions fait le bien. Il s’est donné librement, c’est le don de sa grâce. Je ne fais pas le bien pour recevoir le salut. Je reçois le salut, et si mon accueil de la grâce de Dieu est véridique, authentique, alors je me laisse transformer par le don reçu, et je cherche à redonner ce que j’ai reçu, en faisant le bien, en aimant comme je suis aimé. Je suis sauvé, je suis aimé, cet amour me transforme, alors j’aime, je donne, je redonne, je me donne. C’est ce que n’a pas compris le serviteur de la parabole. Il était sauvé, mais ce don ne l’a pas transformé, il ne l’a pas vraiment accueilli. Il a quitté le salut, qui lui était pourtant offert.

« Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement ». Depuis un an que je suis arrivé à Chatou, je vous ai beaucoup entendu dire combien la paroisse est belle, vivante, pleine de richesses. Et c’est vrai ! La paroisse est belle, vivante, pleine de richesses. Vous le dites beaucoup… vraiment beaucoup… C’est beau que les paroissiens soient heureux de leur paroisse ! Mais cet émerveillement devant les dons reçus ne nous fait grandir que si nous ne restons pas à nous regarder en nous trouvant beaux… Cet émerveillement nous fait grandir s’il se prolonge par un engagement à donner, à regarder autour de nous pour redonner ce qui est reçu. « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement ». Jésus dit ces mots au moment d’envoyer en mission les douze pour proclamer que le Royaume des Cieux est tout proche. Donner ce que Dieu nous a donné, c’est aussi, comme les douze, témoigner, annoncer, proclamer. Pas par esprit de conquête, mais par charité, par amour. Je vous cite juste une phrase du pape François, dans son exhortation sur l’annonce de l’Evangile : « Si quelque chose doit saintement nous préoccuper et inquiéter notre conscience, c’est que tant de nos frères vivent sans la force, la lumière et la consolation de l’amitié de Jésus-Christ, sans une communauté de foi qui les accueille, sans un horizon de sens et de vie. » La joie de recevoir beaucoup et gratuitement dans notre paroisse doit s’accompagner de cette sainte préoccupation : beaucoup ne reçoivent pas ces dons, comment leur donner gratuitement ce que nous recevons gratuitement ? A la fin de la messe, je vous parlerai d’un grand projet qui nous permettra d’avancer ensemble, et pour lequel je vous demanderai de prier.

Seigneur, tu donnes, gratuitement, et nous recevons tes dons. Ouvre nos cœurs pour que tes dons nous transforment et pour que nous trouvions notre joie dans le don de nous-mêmes.